• (+221) 33 849 16 66
  • |
  • info@panos-ao.org
  • |

Soyata Maïga vice-présidente de la CADHP : « Nous avons un groupe de travail qui a avancé sur la question des minorités »

En prélude à la tenue de la 61ème session ordinaire de la Commission africaine des Droits de l’homme et des peuples (CADHP), qui s’ouvre le dès le 1er novembre 2017, la vice-présidente de l’institution donne un aperçu des relations qui lient cette instance et le Forum des Ong sur les Droits de l’homme.

Flamme d’Afrique : La Commission est bien représentée à cette session de la Cadhp. Quel sens faut-il y voir ?

Mme Soyata Maïga : Les sessions de la Cadhp s’ouvrent le 1er novembre mais nous avons tenu, avec la présidente qui termine son deuxième mandat et quitte qui la Commission, à être là pour honorer le travail des défenseurs des Droits de l’homme et relever le fait qu’il est important que cette bataille continue. On sait que ce n’est pas facile d’avoir des résultats. Pour avoir des pays libres on sait qu’il y a des défis sécuritaires, des problèmes de pauvreté, de questions de pollution, des lois liberticides qui restreignent le champ d’expression de certaines libertés contre lesquelles il faut se mobiliser. Nous sommes réellement impliqués dans cette lutte depuis des années avec le Forum des Ong.

FA : D‘où est-on parti pour en être là aujourd’hui ?

Je suis à la commission depuis dix ans. Avant d’être la vice-présidente, j’ai été rapporteur spécial sur les droits des femmes pendant huit ans. Avec les Ong, on en n’était pas là quand j’ai été élu en 2007. Mais en 2010 les Ong ont annoncé qu’elles voulaient intervenir à la session de la Commission africaine et le bureau de l’époque leur avait donné deux minutes. C’était l’époque des grands défenseurs des droits de l’homme comme Sidiki Kaba de la Fédération internationale des Droits de l’homme. Ils avaient déjà en tête de faire en sorte qu’il y ait un Forum africain où on discute de tous les problèmes du continent. Ne serait-ce que donner des idées pour avancer, pour redresser des torts, faire publier des lois, etc. Ils ont fait la « grève », ils sont sortis de la session et c’est après cet évènement  qu’il y a eu des pourparlers entre la Commission africaine et l’embryon qu’était la Commission des juristes à l’échelle internationale pour aboutir à la création du Forum.

Par la suite il y a une appropriation de la part des Ong africaines elles-mêmes pour s’organiser, avoir un Steering Commitee et des groupes de réflexion. Maintenant elles se sont professionnalisées. Il y a des thématiques, des focus sur les droits des femmes et des enfants, sur les populations autochtones, sur le Vih/sida, la santé sexuelle et reproductive, etc. Dans tous ces secteurs il y a des groupes focus qui discutent des perspectives, l’état des lieux dans chaque pays et qui formulent des propositions. Il y a des résolutions thématiques et par pays.

En quoi la participation des Osc fait-elle avancer les débats ?

Depuis l’institutionnalisation du Forum des Ong celles-ci ont un statut d’observateurs à la Commission des droits et des libertés. Donc cela leur donne le droit et le temps d’intervenir. Les Etats aussi ont le droit de réponse. Les débats portent sur les rapports périodiques que ces derniers présentent (il y en a trois cette année avec le Niger, le Rwanda et la Rdc ; nous avons déjà  reçu des rapports alternatifs des Ong). Vous verrez aussi que lors de la présentation de nos rapports, sur les quatorze organismes que nous avons, allant de la peine de mort aux droits sociaux et économiques, les Ong interviennent à chaque niveau pour donner l’Etat des lieux et les perceptions.

Sur la question minorités ou des groupes identitaires qui divisent les sociétés africaines, comment la CADHP se positionne-t-elle ?

Nous avons un groupe de travail qui a avancé sur la question.  Dans certains pays les populations sont un peu effrayées. Elles se demandent si cela contribue à l’unité, à l’harmonie ou si cela peut engendrer des problèmes. Nous on leur dit que ce qui crée des maux c’est la marginalisation, la discrimination, la non jouissance par les citoyens de leurs droits. Il vaut mieux reconnaître les identités. Voir dans quelle mesure elles peuvent se fondre dans un programme national avec la sensibilisation nécessaire et les moyes qu’il faut. On a constaté que chaque fois qu’il y a des problèmes, c’est parce qu’il y a des déficits dans la jouissance des droits politiques, sociaux et économiques. Il n’y a pas un accès égal aux droits et libertés fondamentales.

Entretien avec Irène Sidonie Ndjabun

A Propos de l'IPAO

L'IPAO est une organisation non gouvernementale africaine indépendante d'appui aux médias, à la communication, créée en 2000, qui opère principalement en Afrique de l'Ouest. L'IPAO est membre du Réseau Panos (« Panos Network ») qui regroupe 8 Instituts Panos autonomes. Le Réseau Panos est légalement enregistré aux Pays-Bas comme « Fondation du Réseau Panos ». Le Réseau est gouverné par un «...

AUDIO


Entretien avec Alioune Tine, directeur d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre
Commission africaine des droits de l’homme et des peuples
La montée de l’homophobie : Le cas du Burkina
Discours du président gambien Adama Barrow (61ème CADHP)